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Que font-ils ?

Ils s’en vont !

Où vont-ils ?

Ils ont faim.

Aujourd'hui, sur l'établi : Noces de Terre

L'écriture de ce roman a ouvert des champs nouveaux qui ont amené des développements imprévus, conclusion la parution est différée et je n'ose plus donner de date.

 

 

Depuis les années trente, la plus grande des migrations de l'histoire de l'humanité s'est produite en toute discrétion, en France bien-sûr, sur la planète entière aussi : les gens des champs sont devenus peu à peu gens des villes.

Noces de Terre est un roman qui a planté son décor dans le fil de cette mutation.

J'ai rencontré Giono au cours de mon adolescence (à travers son oeuvre), il parlait de la civilisation rugueuse de sa Provence et des alentours qui peu à peu s'effilochait, il espérait le "Regain" mais n'a vu  qu'une marée descendante, il a toujours accompagné ma réflexion sur notre monde filant.

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 Extraits

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Que font-ils ?

Ils s’en vont !

Où vont-ils ?

Ils ont faim.

 Il était bien jeune quand il avait tenu ce court dialogue avec Martial, ce solide paysan aujourd’hui disparu. Ils n’avaient rien dit d’autre et observé le sentier des Affurailles qui emmenait au loin une famille, un âne et quelques balluchons.

             Quelques années plus tard, à son tour, Vincent prendrait le départ vers un ailleurs ; ni âne, ni balluchon mais une vieille 4L ; pas de faim au ventre mais les fatigues accumulées à regarder son pays s’endormir doucement. Ce pays si pimpant qui chantait et dansait, cette terre accueillante pour les troupeaux et les gens, mais aujourd’hui les volets en pendouille témoignaient de ces joies bien enfuies.

            Il avait pris lentement sa décision espérant quelque renaissance, quelque miracle, quelque « Regain » mais rien que des départs et des vieux attachés peignant de souvenirs leurs espaces de solitude. À vingt-huit ans, il était temps qu’il essaie de créer sa vie ailleurs alors qu’il ne faisait que l’enterrer ici.

            Il n’était pas très compliqué pour lui de trouver le chemin, bien d’autres l’avaient pris avant lui qui l’aideraient à s’installer, ils lui avaient bien promis et son cousin Henri lui avait déjà proposé un travail dans la récupération de métaux et de machines diverses ; il avait un petit peu fait fortune là-dedans mais n’en parlait pas trop préférant trouver des matières pour se plaindre ; pour autant il avait su se montrer généreux avec la « parenté » et ceux à qui il avait mis le pied à l’étrier lui apportaient grand bonheur du fait de leur réussite. Ces gens venus d’Auvergne avaient connu un terroir généreux mais rude, leurs journées ne connaissaient que le travail hors les dimanches et quelques fêtes où en un jour ils portaient une autre face et arboraient autant qu’ils le pouvaient le témoignage de leur prospérité gentiment surévaluée.

            Il n’y avait pas grand choix au pays, tout tournait, autour de l’élevage et particulièrement celui des vaches « Salers », si on n’était pas paysan ou fromager, on pouvait être maréchal-ferrant, ou assurer les besoins vitaux de la population dans des échoppes modestes et généreuses.

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