Les Chroniques de Elliott et Janvier

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Les Chroniques de Elliott et Janvier
Format ex-libris  14,8*21 Broché  138 pages ISBN 978-2-918342-84-5  © Marc Pottier 2013
Le livre 16 € Franco toutes taxes
       
Le PDF 6 € toutes taxes

 

   

           L’auteur nous entraîne dans une aventure épique : deux personnages, Elliott et Janvier, encombrent son esprit, l’inquiètent, il va partir à la recherche de la paix intérieure. Cette recherche va l’entraîner dans des aventures tantôt picaresques, tantôt poétiques, souvent surréalistes. Le récit est entrecoupé par les dialogues de ses personnages : des textes courts humoristiques, philosophiques, décalés, traitant de tout et de rien avec une profonde humanité, ces dialogues ont été publiés sur le web séparément avec une certaine reconnaissance. On peut picorer dans ce livre où l’avaler tout rond, à chacun sa lecture. Bon voyage.

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Les Chroniques de Elliott et Janvier

Les premières pages

 

               Drôle d'affaire, vraiment drôle d'affaire que celle de ma rencontre avec Elliott et Janvier, voilà des années que je la traîne, des années que je cherche à m'en libérer mais tous mes efforts sont jusqu'alors restés vains.

               J'ai consulté, j'ai eu de nombreux échanges à ce sujet, je suis allé sur des forums ; rien n'y a fait !

              Je reste seul face à cette terrible question : qui sont-ils, d'où viennent-ils et où vont-ils ?

              Un ami m'a conseillé d'aller me confesser, une pratique que j'ai abandonné avant qu'elle n'ait pu réellement me servir, je suis parti d'un grand éclat de rire, lui est parti vexé. Peu de temps après je me suis agenouillé dans un confessionnal.

              La position ? La fraîcheur du lieu ? Des réminiscences soudaines ? La voix feutrée de mon compagnon de cellule ? Et jésus comme une révélation : mon ami m'avait bien orienté : il faut partager ses fautes afin de les mieux appréhender.

              Le brave homme de l'ombre a bien vite compris qu'il n'avait pas à faire à un client habituel, il a quitté son habitacle et m'a invité à boire un verre au bistrot en face ; c'était sûrement là ma pénitence !

             C'est alors, dans ce bistrot fatigué, glorieux contrepoint de l'église sa complice, que ma confession a réellement commencé.

             J'en parle plus à mon aise aujourd'hui mais ces instants ont été d'une profondeur, d'une pertinence et d'une humanité si intenses qu'il m'a fallu plusieurs jours et quelques heures pour vraiment en saisir la portée.

             Il est vrai que dans l'immédiat qui a suivi, il m'a été difficile de saisir quoique ce soit : mon complice de ce moment avait placé la barre de ma pénitence assez haute et devait-il en outre avoir beaucoup à se faire pardonner...

            L'important est ce qui m'est resté, ce qui a bien pu se passer ce soir-là, nous nous le sommes mutuellement pardonnés avec toutes nos fautes passées présentes et à venir.

            Inévitablement dieu est venu sur le tapis, normal, c'était le job de mon compère. Il avait beaucoup d'honnêteté et croyait beaucoup à ce qu'il faisait, aussi voulut-il s'acharner à me convaincre que je ne devais pas rester dans mon état de totale incrédulité. C'est assurément pour étayer son argumentation qu'il offrit celle qui suivait celle du patron, de mon côté, afin de ne pas être de reste je lui servis un Elliott et Janvier de circonstance :  

 

De dieu

- Elliott :           Dieu est mort !

- Janvier :         

- Elliott :           Je viens de l’apprendre !

- Janvier :         

- Elliott :           De source  sûre !

- Janvier :          Voilà qui risque de poser des problèmes.

- Elliott :           C’est là que se trouve la question.

- Janvier :          La question ?

- Elliott :           Dois-je divulguer la nouvelle ?

- Janvier :          Quelqu’un te l’a bien … apportée ?

- Elliott :           En fait, je suis le premier à le savoir ! Tu es le…

- Janvier :          Second ?

- Elliott :           Nous sommes deux à l’heure présente à le savoir. Seulement deux.

- Janvier :          Ah !

- Janvier :          Dis-moi comment le sais-tu?

- Elliott :           Je le sais !

- Janvier :          Mais tu ne croyais pas en lui ?

- Elliott :           Je crois à sa mort.

- Janvier :          Ainsi donc il est mort ?

- Elliott :           Cela fait maintenant une semaine mais je ne l’ai appris qu’hier.

- Janvier :          Comment l’as-tu appris ?

- Elliott :           C’est une certitude qui m’a envahi ; une révélation.

- Janvier :          Tu ne croyais pas à son existence et tu crois à sa mort ?

- Elliott :           C’est ainsi, j’ai cette foi.

- Janvier :          Dois-tu le révéler ?

- Elliott :           C’est devenu notre problème : doit-on le révéler ?

- Janvier :          Le dire à ceux qui croient les confirmera dans leur croyance : Dieu a existé c’est sûr puisqu’il est mort aujourd’hui.

- Elliott :           Et ceux qui ne croient pas pourront dire qu’il n’existe pas.

- Janvier :          Ils seront tous enfin d’accord !

- Elliott :           Mais si on ne le dit pas ?

- Janvier :          Ignorant cette mort, ceux qui croient ne changeront pas leurs habitudes.

- Elliott :           Ceux qui ne croient pas, ne changeront pas leurs convictions.

- Janvier :          Ceux qui croient auront raison de croire.

- Elliott :           Ceux qui ne croient pas auront raison de ne pas croire.

- Janvier :          Tout le monde aura raison.

- Elliott :           Si on le dit tout le monde est d’accord.

- Janvier :          Si on ne le dit pas tout le monde a raison.

- Elliott :           On le dit ?

- Janvier :          Ou on ne le dit pas ?

- Elliott :           Si nous allions prier ? 

 

            Il est clair qu'après ce brillant échange, Gilbert (ah oui, entre-temps, il était devenu Gilbert) entrait dans un doute métaphysico-existentiel de première bourre ; il était clair qu'il commençait aussi à comprendre mon problème. Cet ensemble de sentiments survenant en même temps dans son espace cérébral provoqua une foultitude de réactions bizarres que je serais tout à fait malhonnête de vous taire.

            Quoique mes facultés d'analyse aient légèrement baissé, je restais suffisamment lucide pour faire la différence entre le gentil curé qui m'avait fait passer du confessionnal au bistrot et l'homme que j'avais devant moi. Le côté paisible et rassurant de l'homme de l'ombre enfermé dans un strict complet de couleur sombre avait laissé place à un truculent personnage déboutonné. Le teint avivé que n'aurait pas désavoué un graphiste en étiquettes de camembert, les cheveux difficiles à remarquer dans l'ordre qui leur était généralement imposé devenaient une symphonie de nuances et d'expressions. Le brave cher homme avait la manie de les ajuster au fil de ses discours d'une main voltigeuse et poétique : tantôt il les étirait vers le haut, tantôt les plaquait à gauche, tantôt à droite, en avant ou en arrière et ce jeu subtil, outre qu'il offrait de lui un visage multiple et nuancé, avait  vertu de gomina et le faisait de plus en plus ressembler à un danseur de tango. Mais peut-être est-ce moi qui m'égare.

            Bref, nous devenions autres ; nous-mêmes ?

            Les avis divergent sur ce point, si j'en crois quelques mines courroucées qui fuyaient devant notre image.

            J'sais pas vous, mais moi, y'a un moment où le temps s'arrête, besoin d'un souffle ? Y'en a qu'y disent « un ange passe », pour l'occasion on pouvait dire ça, on n’était pas loin de l'église.

            Gilbert profitant de ce passage allié me regarda avec une profondeur et une intensité jamais égalées depuis ; sa tête tourna légèrement et souriant : « pourquoi es-tu venu te confesser ? »

            Ma première réponse, je l'ai retenue : « pour la pénitence », mais j'ai bien compris qu'il en attendait une autre et comme je me sentais de plus en plus proche de lui, je lui ai donnée. 

            Voilà des années que je vis avec Elliott et Janvier dans ma tête, pas facile ! Au début, comme souvent, cela s'est fait insidieusement (j'ai évité de lui faire : ainsi dieu se ment), j'avais envie d'écrire du théâtre, je me suis mis au clavier et sans réfléchir j'ai commencé à libérer mes doigts.    Ils sont partis dans un dialogue entre ces deux personnages, qui, je te l'assure venaient de nulle part. Certains m'ont proposé des pistes : « La traversée de Paris », un coureur de demi-fond, un collègue écrivain, quelques autres encore. Aucune qui ne m'ai satisfaite et qu'importe. Ils sont sortis de moi et la suite m'a démontré qu'ils n'avaient rien à voir avec qui que ce soit tant ils ne ressemblaient qu'à eux-mêmes. 

             Et à toi ? Et à toi !

            Tu as tout compris et sûrement ne suis-je pas venu ici par hasard.

                  ...

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